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La passion du sucre chez l'enfant


Je relisais des passages du livre "La cuisine raisonnée », de la Congrégation de Notre-Dame, réédité en 2003 et je suis tombée sur ce passage concernant le sucre qui date de 1936, que j'ai trouvé intéressant et divertissant.


"...L'enfant se passionne volontiers pour le sucre; il y perd ses dents qui se carient, son estomac et son intestin qui s'atrophient à ne rien faire; peut-être même y contracte-t-il le germe de l'arthritisme qui le frappera plus tard..."


Mis à part qu’en 2021 l’expression le « germe de l’arthritisme » peut paraître bien drôle, qu’en pensez-vous? Est-il vrai que l’enfant se passionne pour le sucre?


La préférence pour le sucre chez l’enfant est innée et acquise, c’est-à-dire qu’elle est présente dès la naissance (et même avant) mais également apprise (Ventura et collaborateurs, 2011; Mennella et collaborateur, 2015). D’ailleurs, il semblerait que l’offre régulière et abondante d’aliments et/ou de boissons sucrés à des enfants pourrait contribuer à normaliser le goût sucré et en faire une référence plus tard dans la vie adulte (Mennella et collaborateur, 2015). En d’autres mots, potentiellement augmenter les apports en sucres à l’âge adulte et la préférence pour les aliments sucrés.


Le sucre est également associé culturellement à la fête. Par exemple, nous soulignons les anniversaires avec un gâteau, nous remettons des bonbons à l’Halloween et nous mangeons du chocolat à Pâques! Il semblerait même que depuis le 19e siècle le premier achat qu’un enfant fait avec son argent de poche est l’achat de bonbons (Woloson, 2002).


Sur le plan de la survie, cette préférence serait essentielle pour favoriser l'acceptation du lait maternel et aurait même un effet analgésique, voire calmant, chez les nourrissons et les jeunes enfants (Mennella et collaborateur, 2015). En effet, le lait humain est plutôt sucré et contient 7g pour 100ml de lactose. À titre de comparaison, le lait de vache en contient 5g pour la même quantité (100ml) (Murray, 2017). La préférence chez les tout-petits pour le goût sucré est universelle (Ventura et collaborateurs, 2011).


Maintenant que l’on sait que la préférence pour le goût sucré est normale et a une fonction chez nos petits, comment faire place progressivement aux autres goûts et ainsi contribuer à une alimentation variée à l’âge adulte?


Il existe cinq goûts principaux, le sucré, le salé, l’amer, l’acide et l’umami, comme les glutamates (Vennerod et collaborateurs, 2018). La préférence pour le goût sucré commencerait à s’estomper progressivement vers le milieu de l’adolescence jusqu’à l’âge adulte. Je parle dans ce billet de la préférence innée pour le sucré mais une préférence également pour le salé a été observée chez les tout-petits (Mennella et collaborateur, 2012).


Dès six mois, le tout-petit est en phase d’exploration des goûts, des textures, des couleurs et des combinaisons de goût d’aliments. Lui offrir une variété d’aliments à travers la journée, la semaine et le mois lui permet de développer progressivement une acceptation envers une multitude d’aliments. D’ailleurs, l’exposition répétée est essentielle afin de favoriser l’acceptation d’un nouvel aliment chez les tout-petits (Murray, 2017). Le degré de néophobie, soit la « résistance à essayer de nouveaux goûts ou textures » serait le reflet de la personnalité et/ou sa sensibilité à l’amertume. Certa