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L’alimentation et la dermatite atopique (eczéma)

Une peau présentant de l’inflammation et qui démange, les personnes souffrant de la dermatite atopique, souvent nommée l’eczéma, s’y connaissent. On estime que 17% des Canadiens souffriront à un moment ou l’autre de leur vie de cette problématique, plus fréquente chez les enfants mais qui peut également être présente ou persister à l’âge adulte (Association canadienne de dermatologie).


Mis à part les traitements traditionnels ayant prouvé leur efficacité, l’on peut se demander si l’alimentation pourrait jouer un rôle au niveau de la prévention et du traitement de la dermatite atopique.


Les dernières lignes directrices européennes pour le traitement de la dermatite atopique chez l’adulte et chez l’enfant font état d’études portant sur l’impact potentiel de certaines sources de lipides de même que certaines vitamines (Wollenberg et collaborateurs, 2018). Par contre, il est important de prendre en compte qu’aucune des évidences scientifiques reliées aux facteurs nutritionnels n’est de haut niveau, c’est-à-dire que soit la preuve est faible, soit les études arrivent à des résultats contradictoires ou bien qu’il manque encore d’études pour valider les observations.


Du côté des lipides, l’huile d’onagre, l’huile de bourrache et les huiles de poissons ont été étudiées en lien avec leurs impacts sur la dermatite atopique. Globalement, les résultats sont plutôt négatifs, c’est-à-dire qu’il ne semble pas y avoir d’effet sur la réduction des signes et symptômes (Wollenberg et collaborateurs, 2018).


Certaines vitamines et minéraux ont également été étudiés tels que les vitamines D, B2 et E, de même que le sélénium et le zinc. Les auteurs concluent qu’il semble y avoir des indications que certaines vitamines pourraient avoir un impact favorable, plus spécifiquement les vitamines E et D mais qu’il n’y a pas suffisamment d’évidences pour en recommander l’usage routinier (Wollenberg et collaborateurs, 2018). Un élément intéressant qui a été observé via l’étude Javanbakht et collaborateurs en 2011 est la réduction des symptômes de la dermatite atopique (déterminée via le score SCORAD) de 34,8% avec une supplémentation de vitamine D (1600UI/jour), de 35,7% avec une supplémentation de vitamine E (600UI/jour) et de 64,3% avec les vitamines D et E combinées. Le score SCORAD correspond à l’étendue du corps affectée, l’intensité et les symptômes subjectifs tels que le degré de démangeaison et l’impact sur le sommeil.


Étant donné son potentiel impact sur la réduction des symptômes de la dermatite atopique, le reste de ce billet est consacré aux études ayant examiné le rôle et l’impact de la vitamine D en ce sens.


En 2019, une revue systématique de la littérature et méta-analyse est parue en lien avec la carence et les impacts d’une supplémentation en vitamine D sur la sévérité de la dermatite atopique chez l’enfant et l’adulte (Hattangdi-Haridas et collaborateurs, 2019). Les auteurs notent d’abord que l’intérêt scientifique en lien avec la vitamine D a débuté par le constat que la dermatite atopique était fréquemment exacerbée durant l’hiver dans les pays nordiques alors que les concentrations sériques de 25-hydroxyvitamine D (25(OH)D) sont les plus faibles. De plus, certaines études ont observé une amélioration du score SCORAD avec une supplémentation en vitamine D. Finalement, certains polymorphismes génétiques (c’est-à-dire une ou des substitution(s) d’allèle(s) dans certains gènes) sur le gène du récepteur de la vitamine D (VDR) et du gène de la filaggrine étaient présents chez un maximum d’environ 50% des individus souffrant de la dermatite atopique. D’ailleurs, la vitamine D joue un rôle dans la fonction de barrière de la peau, au niveau de l’immunité et possiblement même au niveau de l’inflammation. Après avoir examiné les résultats des dernières études publiées, Hattangdi-Haridas et collaborateurs concluent qu’une supplémentation d’environ 1500-1600UI par jour durant au moins 3 mois pourrait être efficace pour réduire les symptômes de la dermatite atopique. Une étude plus récente chez des cas pédiatriques sévères de la dermatite atopique a également observé un impact positif d’une supplémentation en vitamine D de 1600UI/jour durant 12 semaines (Mansour et collaborateurs, 2020). Plusieurs autres études ont démontré un potentiel impact favorable de la vitamine D. Malgré tout, davantage d’études seront nécessaires avant de recommander de routine l’utilisation de suppléments de vitamine D pour la réduction des symptômes de la dermatite atopique.


Selon Santé Canada des concentrations sériques de 25(OH)D égales ou supérieures à 50nmol/L seraient suffisantes pour la majorité des gens (Santé Canada, consulté le 11 février 2021). Il faut savoir qu’un excès de vitamine D pourrait augmenter le risque de dépôts calciques au niveau des reins et autres tissus mous tels que le coeur, les poumons et les vaisseaux sanguins. Il est donc important de ne pas s’auto-prescrire des suppléments à fort dosage et plutôt d'en parler avec un professionnel de la santé (La vitamine D et le calcium: Révision des apports nutritionnels de références. Santé Canada. En ligne. Modifiée le 2019-06-27. Page consultée le 15 février 2021).


De manière générale, les apports nutritionnels recommandés en vitamine D (ANREF) sont les suivants :

*Apport suffisant.

Tiré de La vitamine D et le calcium: Révision des apports nutritionnels de références. Santé Canada. En ligne. Modifiée le 2019-06-27. Page consultée le 15 février 2021.


À noter que les recommandations nutritionnelles en vitamine D ont été élaborées sans considérer l’exposition au soleil en raison du lien avec les risques de cancer de la peau. Et, comme plusieurs d’entre vous le savez peut-être déjà, la vitamine D peut être synthétisée via l’exposition de la peau aux rayons du soleil. Conséquemment, le dosage sérique de la 25(OH) vitamine D demeure le meilleur indicateur afin de nous permettre de déterminer si notre statut en vitamine D est adéquat.


Ceci étant dit, si l’on compare les apports alimentaires en vitamine D et les apports nutritionnels recommandés (ANR), l’apport nutritionnel en vitamine D serait insuffisant pour la grande majorité des individus (90% pour la majorité des groupes d’âge provenant des deux sexes selon les données rapportées par Santé Canada, issues de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2004).


Cela ne m’apparait pas surprenant compte tenu que peu d’aliments contiennent de la vitamine D.


En voici quelques exemples :

*À noter que cette liste n’est pas exhaustive.

Valeurs tirées du Fichier canadien sur les éléments nutritifs. En ligne. Page consultée le 15 mars 2021.


Messages clés :

-La vitamine D pourrait avoir un impact bénéfique sur les symptômes de la dermatite atopique, mais davantage d’études seront nécessaires pour le confirmer.

-Une prise excessive de vitamine D induit un risque de calcification des tissus mous (par exemple, les reins) et donc il est préférable d’en discuter avec un professionnel de la santé et de ne pas s’auto-prescrire des suppléments.

-La majorité des Canadiens n’ont pas un apport alimentaire suffisant en vitamine D.

-Une méthode valide pour connaître son statut en vitamine D est le dosage sérique de la 25(OH) vitamine D.



Références

Hattangdi-Haridas SR. et collaborateurs. Vitamine D Deficiency and Effects of Vitamine D Supplementation on Disease Severity in Patients with Atopic Dermatitis: A Systematic Review and Meta-Analysis in Adults and Children. Nutrients. 2019. Aug;11(8):1854


Javanbakht MH. et collaborateurs. Randomized controlled trial using vitamins E and D supplementation in atopic dermatitis. J Dermatolog Treat. 2011. Jun;22(3):144-50.


Mansour NO. et collaborateurs. The impact of vitamin D supplementation as an adjuvant therapy on clinical outcomes in patients with severe atopic dermatitis: A randomized controlled trial. Pharmacol Res Perspect. 2020. Dec;8(6):e00679.


Wollenberg A. et collaborateurs. Consensus-based European guidelines for treatment of atopic eczema (atopic dermatitis) in adults and children: part II. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2018. Jun;32(6):850-878.


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Annie Bouchard-Mercier, votre nutritionniste et docteure en nutrition

Membre de l’Ordre professionnel des Diététistes du Québec

Annie Bouchard-Mercier a complété son baccalauréat, sa maîtrise et son doctorat en nutrition à l’Université Laval. Cette dernière a étudié la génomique nutritionnelle, une discipline étudiant les relations entre le génome et l’alimentation et leurs effets sur la santé cardiovasculaire.

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