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L’impact du jeûne intermittent sur le poids corporel, réalité ou fiction?

 

Depuis quelques années, on entend parler de plus en plus du jeûne intermittent comme méthode de perte de poids. Il existe différents protocoles et de nombreuses études scientifiques ont été menées chez les souris et/ou rongeurs et, en nombre plus restreint, mais en augmentation, chez les humains.

 

Récemment deux intéressantes revues systématiques et méta-analyses ont été publiées. Il faut comprendre toutefois que ces revues n’examinaient l’effet que de certains protocoles de jeûne intermittent ou d’alimentation à temps restreint (soit de manger tous les jours mais sur une période restreinte, par exemple jeûner durant 16 heures et manger durant 8 heures) chez les humains puisqu’il ne serait pas valide de les étudier tous en même temps, étant donné qu’ils sont tous différents et qu’ils ont possiblement tous des effets légèrement différents du point de vue métabolique. 

 

La première revue systématique et méta-analyse publiée en 2018 par Cioffi et collaborateurs (1) examine des études observant l’impact des jeûnes intermittents sur le poids au cours desquels les participants étaient soumis à un jeûne complet ou partiel (réduction de 75% des calories ingérées) au moins une journée par semaine, voire jusqu’à un maximum de six jours par semaine. Entre autres, ont été étudiés des protocoles tels que le jeûne 5 :2 (5 jours d’apports alimentaires normaux et 2 jours de jeûne consécutifs ou non consécutifs), une alternance d’une journée de jeûne et d'une journée d’alimentation ou encore une journée de jeûne complet par semaine. Ces protocoles de jeûne s’étalaient sur plusieurs semaines (4 à 24 semaines) et étaient comparées à une restriction calorique continue et similaire tous les jours (par exemple un déficit calorique quotidien de 500kcal par jour). Au total, 630 participants issus de 11 études de qualité ont été inclus dans les analyses, desquelles 102 participants ont quitté en cours de route. Approximativement les mêmes pertes de poids ont été observées soit 5,2% à 12,9%, chez les participants soumis au jeûne intermittent versus 4,3% à 12,1% chez les participants qui suivaient une restriction calorique continue. Du côté des paramètres cardiométaboliques, aucune différence entre les groupes n’a été observée pour le glucose à jeun, toutefois les concentrations d’insuline à jeun chez les participants soumis au jeûne intermittent étaient plus basses que celles des participants ayant une restriction calorique continue. La pertinence clinique de cette diminution n’est toutefois pas claire et à travers la littérature, les effets bénéfiques importants du jeûne intermittent pour la prévention du diabète de type 2 observés chez les souris n’ont pas été rapportés chez l’homme. D’ailleurs, les résultats chez l’humain divergent davantage et l’impact du jeûne intermittent semble jusqu’à maintenant similaire à celui d’une restriction calorique continue. Cela pourrait être dû entre autres à des différences au niveau métabolique relatives à l’utilisation des substrats pour fournir de l’énergie, soit le glucose, ou encore via l’oxydation des acides gras chez l’homme comparativement à la souris. De plus, de légers effets indésirables pour moins de 20% des participants soumis au jeûne intermittent ont été notés tels qu’un manque d’énergie, des maux de tête, avoir froid, de la constipation, une mauvaise haleine, un manque de concentration et une mauvaise humeur. 

 

La deuxième revue systématique et méta-analyse de la littérature que je désirais examiner a été publiée en 2019 et observe l’effet du jeûne du Ramadan entre autres sur le poids d’adultes en santé non athlètes (2). Ce jeûne que l’on pourrait qualifier d’alimentation à temps restreint puisque l’on doit jeûner entre le lever du soleil jusqu’à son coucher, ce qui correspond à une période de jeûne de 9 à 22 heures selon les régions du globe, plus précisément 10 à 17 heures dans les études incluses pour ces analyses. Lorsque le soleil est couché, les apports alimentaires n’étaient pas contrôlés et les participants pouvaient manger selon leur convenance. Les résultats de 2947 participants ont été analysés - issus de 70 publications scientifiques. La perte de poids moyenne à la fin du Ramadan était de -1,34kg et quelques semaines (2 à 5 semaines) plus tard, -0,59kg, comparativement au poids avant la période de jeûne. On peut observer qu’il semble y avoir une reprise progressive du poids suite à cette période d’alimentation à temps restreint. Est-ce qu’une perte de poids perdure plusieurs mois suivant ce type de jeûne? Ces résultats ne nous permettent malheureusement pas de le savoir. De plus, une perte de masse adipeuse a été observée, toutefois cette différence n’était plus présente lors du suivi quelques semaines après (2 à 5 semaines) la fin du jeûne. Le même effet transitoire a été observé pour la masse maigre (ce qui inclut la masse musculaire). Un point intéressant, chez les personnes en surplus de poids ou obèses, la perte de poids moyenne semblait plus importante (-3,53kg) que chez les personnes ayant un poids considéré comme normal (-2,06kg). Conséquemment, ce type de jeûne peut sembler une option pour la perte de poids mais il semble que des stratégies pour assurer le maintien de cette perte de poids à moyen et long termes doivent être développées.   

 

Globalement ces deux revues systématiques et méta-analyses ne semblent pas démontrer pour la perte de poids une supériorité des approches de jeûne intermittent et/ou d’alimentation à temps restreint relativement aux approches plus conventionnelles de restriction calorique continue. De plus, des effets indésirables sont rapportés et même une réduction de la performance sportive dans certaines approches de jeûne intermittent. Lorsque l’on parle de perte de poids, si l’on veut optimiser les chances de succès de notre démarche, il faut d’abord s’assurer d’instaurer des changements qui seront maintenus dans le temps. Par conséquent, des changements qui s’insèrent bien dans notre mode de vie, qui sont agréables et motivants. De plus, nos choix doivent nous permettre de maintenir des comportements alimentaires sains et d’avoir des habitudes alimentaires positives. On peut se demander, ais-je une préoccupation excessive à l’égard de mon poids? Est-ce que je classe les aliments comme « bons » et « mauvais »? Est-ce que je prends le temps d’écouter mes vrais signaux de faim et de satiété? Ais-je une « vraie » faim avant de manger? Mon alimentation est-elle rassasiante et satisfaisante?

 

Finalement, on en saura davantage avec la parution des prochaines études et revues systématiques de la littérature ;)! Dossier à suivre! 

 

Références 

(1) Cioffi et collaborateurs. Intermittent versus continuous energy restriction on weight loss and cardiometabolic outcomes: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. J Transl Med. 2018Dec 24;16(1):371. doi: 10.1186/s12967-018-1748-4.

 

(2) Fernando et collaborateurs. Effect of Ramadan Fasting on Weight and Body Composition in Healthy Non-Athlete Adults: A Systematic Review and Meta-Analysis. Nutrients.2019 Feb 24;11(2). pii: E478. doi: 10.3390/nu11020478.

 

Annie Bouchard-Mercier, votre nutritionniste et docteure en nutrition

Membre de l’Ordre professionnel des Diététistes du Québec

 

Annie Bouchard-Mercier a complété son baccalauréat, sa maîtrise et son doctorat en nutrition à l’Université Laval. Cette dernière a étudié la génomique nutritionnelle, une discipline étudiant les relations entre le génome et l’alimentation et leurs effets sur la santé cardiovasculaire. Annie Bouchard-Mercier pratique la nutrition en privé à Dolbeau-Mistassini à la Clinique Boréalia.

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