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Produits laitiers allégés ou réguliers?

 

Les recommandations nutritionnelles nous encouragent depuis les années 80 à consommer des produits laitiers (lait, yogourt et fromage) qui sont faibles en gras. D’ailleurs, dans le Guide alimentaire canadien de 1992, la mention « Choisissez de préférence des produits laitiers moins gras » est apparue. L’association entre la consommation de gras saturés qui sont principalement contenus dans les produits d’origine animale et l’augmentation des concentrations sanguines de cholestérol total et de cholestérol-LDL que l’on appelle parfois le « mauvais cholestérol » est documentée depuis plusieurs années (1). Les concentrations de cholestérol sont d’ailleurs un des principaux marqueurs utilisés actuellement pour évaluer le risque cardiovasculaire en clinique. Conséquemment, côté produits laitiers, on recommande de consommer des produits écrémés ou faibles en gras.

 

Depuis maintenant quelques années, la communauté scientifique remet en question l’effet des gras laitiers sur les risques de maladies cardiovasculaires.  De récentes études ont plutôt observé un effet neutre ou même positif sur la santé cardiovasculaire (2). Une revue de la littérature publiée en 2016 par un groupe de chercheurs québécois concluait que la consommation de produits laitiers faibles ou élevés en gras ne semble pas avoir d’effet délétère sur les facteurs de risques cardiométaboliques. De plus, que la matrice des produits laitiers tels que le lait, le fromage et le yogourt semblait modifier l’impact des gras saturés sur les concentrations de cholestérol (3). 

 

La recherche en nutrition a fréquemment utilisée une approche réductionniste qui étudie l’effet d’un seul nutriment ou groupe de nutriments sur la santé, la mortalité ou différents marqueurs de la santé. Or les aliments sont plutôt constitués d’une foule de nutriments et c’est l’effet de toute cette matrice alimentaire qui semble avoir un impact sur notre santé. 

 

Le fromage en est un bon exemple. Son contenu en gras saturé est élevé, soit 11g de gras saturés pour un total de 19g de gras pour une portion d’environ 50g de fromage cheddar. Conséquemment, on pourrait s’attendre à ce que la consommation de fromage fasse augmenter les concentrations sanguines de cholestérol-LDL. Cela ne semble pas être le cas. Par exemple, une étude conduite en 2018, a observé l’effet de la consommation de gras laitiers contenu dans un fromage comparativement à la consommation de gras laitiers contenu dans du beurre et du fromage allégé ou encore dans du beurre avec un supplément de protéines et de calcium sur les concentrations de cholestérol total et de cholestérol-LDL durant 6 semaines (4).  Les auteurs ont pu observé que le groupe consommant le fromage avait des concentrations de cholestérol total et de cholestérol-LDL significativement plus basses que les autres suite aux 6 semaines. Plusieurs hypothèses sont avancées afin d’expliquer cet effet, entre autres, le contenu en calcium, la teneur en protéines, la présence de probiotiques et la présence de composés bioactifs (2).

 

Ma conclusion ? En général, les études observent la consommation d’entre 1 et 3 portions de produits laitiers faibles et/ou élevés en gras par jour. Les recommandations actuelles au niveau des produits laitiers nous encouragent à en consommer environ 2 portions par jour. Par exemple, la pyramide alimentaire de Harvard parle de se limiter à 1 à 2 portions par jour, tandis que le Guide alimentaire canadien actuel recommande 2 portions chez les adultes âgés entre 19 et 50 ans. En attendant que la science évolue, chez les individus en bonne santé, il semble donc adéquat de recommander la consommation d’autour de 2 portions de produits laitiers faibles ou réguliers en gras !   

 

 

 

Références

(1) Étude des sept pays. https://www.sevencountriesstudy.com/about-the-study/ (page consultée le 25 octobre 2018). 

 

(2) Lordan R et collaborateurs. Dairy Fats and Cardiovascular Disease: Do We Really Need to be Concerned? Foods. 2018 Mar 1;7(3)

 

(3) Drouin-Chartier JP et collaborateurs. Comprehensive Review of the Impact of Dairy Foods and Dairy Fat on Cardiometabolic Risk. Adv Nutr. 2016 Nov 15;7(6):1041-1051.

 

(4) Feeney EL et collaborateurs. Dairy matrix effects: response to consumption of dairy fat differs when eaten within the cheesematrix-a randomized controlled trial. Am J Clin Nutr. 2018 Oct 1;108(4):667-674. 

 

 

 

 

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