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Boisson gazeuse diète ou pas?

 

Depuis plusieurs années maintenant les compagnies de boissons gazeuses ont ajouté l’option de boire des boissons gazeuses « diète », c’est-à-dire qui ne fournissent pas de calories. À première vue, cette option semble intéressante ! Le même goût sucré, mais sans les calories qui pourraient potentiellement influencer notre tour de taille. Il ne serait donc pas nécessaire de se passer de ce goût sucré? D’ailleurs, depuis 2009 les ventes de boissons et d’aliments vendus aux États-Unis contenant un édulcorant (en remplacement du sucre) ont bondi de 3% en 2009 à 8% en 2017 (Mintel).

 

Pour répondre à cette question, examinons les molécules ajoutées pour remplacer le sucre dans les produits « diètes » ou sans calorie. On les nomme les édulcorants artificiels (à l’exception par exemple de la stévia ou encore des sucres-alcools qui sont dérivés de source naturelle). Dans les édulcorants artificiels on retrouve par exemple, l’aspartame (NutraSweet, Egal/Equal, Sugar Twin, Sweet’N Low), le cyclamate (Sucaryl, Sweet’n Low, Sugar Twin), la saccharine (Sweet’N Low, Sugar Twin, Necta Sweet) et le sucralose (Splenda) pour n’en nommer que quelques-uns. Ces molécules contiennent peu ou pas de calories et ont un pouvoir sucrant (goût sucré) très élevé. Par exemple, le sucralose (Splenda) a un pouvoir sucrant 600 fois plus élevé que celui du sucre de table (sucre blanc).

 

Il faut également savoir que sur plus de 8000 édulcorants découverts, seuls quelques-uns sont approuvés par Santé Canada et peuvent être utilisés comme additif alimentaire ou édulcorant de table par exemple le sucralose (Splenda) qui est présent dans certains yogourts, confitures, boissons gazeuses, etc. et vendu également pour être utilisé dans nos recettes. Jusqu’à maintenant plusieurs études et rapports démontrent l’innocuité, en d’autres mots que les édulcorants sont sécuritaires, lorsque consommés selon les doses recommandées, ce qui justifie leur approbation par Santé Canada.

 

Toutefois, les recherches en ce domaine sont toujours en cours et nous sommes encore loin de connaître tous les effets de ces molécules. D’ailleurs, une revue systématique et méta-analyse (en d’autres mots, une étude regroupant plusieurs études de manière globale et approfondie qui réunit les résultats de ces études pour refaire des analyses statistiques) a récemment été publiée (en juillet 2017) dans le journal scientifique CMAJ (Azad. M B. et collaborateurs, Nonnutritive sweeteners and cardiometabolic health : a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials and prospective cohort studies. CMAJ. 2017 Juil 2017 ; 189(28) : E929-E939). Dans cette étude, les auteurs examinaient les effets à long terme des édulcorants tels que l’aspartame, le sucralose et la stévia sur la santé cardiométabolique. Ces derniers ont regroupé 7 études contrôlées randomisées totalisant  1003 participants avec un suivi moyen de 6 mois de même que 30 études de cohorte totalisant plus de 400 000 participants avec un suivi moyen de 10 ans. Contrairement à ce que l’on pourrait penser à prime abord étant donné que les édulcorants ne fournissent pas de calories, les auteurs ont observé que la consommation d’édulcorant n’était pas nécessairement associée à une diminution du poids, de l’IMC ou encore du tour de taille. Lorsque les effets à long terme (en moyenne 10 ans dans les études de cohorte) étaient analysés, les auteurs rapportaient plutôt une augmentation du poids, de l’IMC et du tour de taille. D’autres effets potentiellement négatifs chez les consommateurs d’édulcorants ont été observés, notamment des incidences plus élevées d’obésité, d’hypertension, de diabète de type 2 et d’incidents cardiovasculaires. Les auteurs rapportent toutefois plusieurs biais et limitations des études analysées faisant en sorte qu’aucune conclusion hâtive ne peut être tirée. Toutefois, ces résultats viennent semer le doute quant aux effets des édulcorants sur la gestion du poids et la santé cardiométabolique lorsqu’ils sont utilisés à long terme.

 

Dans la communauté scientifique d’autres questions sont toujours à l’étude, par exemple l’effet des édulcorants sur le microbiote intestinal (les bactéries présentes dans les intestins) qui est de plus en plus reconnu pour jouer un rôle majeur dans la régulation du métabolisme. Eh oui, il semble que mêmes les bactéries contenues dans nos intestins affectent notre santé ;) !  Certaines études menées chez des souris (donc à ne pas interpréter trop rapidement puisque les résultats ne sont pas toujours transposables à l’humain) semblent indiquer des modifications non favorables du microbiote intestinal. D’autres hypothèses sont également étudiées tels que l’impact sur les signaux de faim lors de la consommation d’édulcorants. Conséquemment, il faudra attendre encore quelques années avant de pouvoir tirer des conclusions définitives ! Toutefois, en attendant, j’aurais tendance à vous recommander de limiter la consommation d’édulcorant. Pourquoi ne pas s’habituer graduellement à un goût moins sucré et utiliser du vrai sucre (sirop d’érable, miel, mélasse, sucre de table, cassonade, etc.) avec modération !

 

 

Annie Bouchard-Mercier, docteure en nutrition

Diététiste-nutritionniste membre de l’Ordre professionnel des Diététistes du Québec

 

Annie Bouchard-Mercier a complété son baccalauréat, sa maîtrise et son doctorat en nutrition à l’Université Laval. Cette dernière détient une expertise en génomique nutritionnelle, une discipline étudiant les relations entre le génome et l’alimentation et leurs effets sur la santé cardiovasculaire. Annie Bouchard-Mercier s’intéresse également à la nutrition sportive et pratique la nutrition en privé à Dolbeau-Mistassini.  

 

 

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